La parole des bâtons – Serge Pey 

Exposition permanente

Bibliothèque d’étude et du patrimoine
Visitable aux heures d’ouverture de l’établissement.

Durant toute la saison 2025-2026 La Bibliothèque d’étude et du patrimoine a accueilli le poète et plasticien toulousain Serge Pey pour une résidence de création exceptionnelle.

Le projet : investir les 24 vitrines de ce bâtiment art déco pour créer une exposition permanente : La Parole des bâtons.

Cette exposition est composée des œuvres plastiques dont l’artiste à fait don à la Bibliothèque. Il a également doté le fonds documentaire de livres, de manuscrits et d’archives personnelles. La mémoire du poète entre ainsi en conservation dans le patrimoine de la ville.

La parole des bâtons


“La salle de lecture de la Bibliothèque du Périgord est une horloge de la connaissance. La coupole qui l’éclaire est à la fois le soleil du jour et celui de la nuit. Vingt-quatre vitrines, comme des heures, marquent l’infini d’un verbe. Ici chaque lecteur est un remontoir du temps brandissant des aiguilles qui libèrent les mots de leurs pages. Ainsi, dans cette salle où hier je traduisais les écritures du monde, je retrouve maintenant le livre de ma vie. Sur d’anciennes tables de chêne éclairé par une lumière verte, je rédigeais mes poèmes et découvrais les paroles de ceux qui jusqu’aujourd’hui ont traversé mon inconnu. 

Dans cet espace, sous cette voûte céleste, je présente des moments du travail, des contes et des légendes, des installations et des oeuvres plastiques réalisées dans le mouvement des poèmes qui ont traversé ma vie. Écrite sur des bâtons, la poésie reste pour moi une immense acupuncture issue de la terre qui semble parfois soigner le ciel en aidant ceux qui marchent sur la terre. 

La poésie reste une cérémonie du mystère de l’être et sa pensée contient l’acte qui l’accomplira. Les bâtons sont des doigts d’une main défendant le miracle d’un livre que nous ne connaissons pas et qui tourne nos pages. Ces vitrines sont des fenêtres abritant des paroles qui regardent le monde. 

Nous parlons pour marcher. 

Le poète reste un funambule dans le cirque de la vie et de la mort parmi les clowns et les acrobates du sens. Titubant sur le long fil d’une parole inconnue, ses mots rejoignent les deux bords d’un abyme s’enfonçant chaque jour un peu plus au-dessus de lui.” Serge Pey 

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Serge Pey –Une partie d’échec (détail) ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey –Alphabet de la langue secrète (détail) ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey – Téléphone, verres et machine à coudre (détail) ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey – Collège de ‘pataphysique (détail) ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey – Un jeu de billard dans l’infini (détail) ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey – Le tarot de Toulouse (détail) ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey – Le cheval de Barbagia (détail) ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey – Résidence de création ©Léo Itarté – direction de la communication

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Serge Pey – Résidence de création ©Thibault Rakotofiringa – direction de la communication

Les 24 vitrines à découvrir

Démarche artistique et poétique

L’œuvre de Serge Pey s’inscrit dans une démarche où la poésie déborde largement le livre pour devenir une expérience du monde, un acte de mémoire, de résistance et de transmission. Il fait dialoguer les mots avec les objets, les traces, les rituels et l’histoire, dans une création qui unit constamment l’écrit, le geste et la voix. Chez lui, la poésie est une manière d’habiter le réel, d’en révéler les dimensions cachées et d’en interroger les blessures autant que les espérances. 

Profondément ancré à Toulouse et en Occitanie, Serge Pey puise dans la mémoire des troubadours, des cathares, des Jeux Floraux, des rues populaires et de la Garonne une matière poétique inépuisable. Cette géographie affective se mêle à une histoire familiale marquée par l’exil républicain espagnol. Fils de réfugiés de la guerre d’Espagne, il porte dans son œuvre la mémoire des résistants, des exilés et des oubliés de l’Histoire, faisant de la poésie un espace de justice et de transmission. 

Son regard dépasse les frontières. Le Mexique, les cultures amérindiennes, la Sardaigne, les traditions populaires et les avant-gardes nourrissent une œuvre traversée par les rencontres, les voyages et le dialogue entre les cultures. Chaque objet, chaque installation, chaque poème devient le témoin d’une relation au monde fondée sur la curiosité, la fraternité et la célébration du vivant. 

Pour Serge Pey, la poésie est une force agissante, capable de rendre visible l’invisible, de faire dialoguer les morts et les vivants, la mémoire et l’avenir. Elle est un acte de liberté, une subversion du langage, mais aussi une quête spirituelle et humaniste. Entre histoire intime et mémoire collective entre mythe et réalité, son œuvre invite à parcourir « l’immense livre du monde » et rappelle que la poésie demeure l’un des derniers lieux où l’homme peut réinventer son rapport aux autres et à lui-même 

Un don d’exception

L’exposition permanente La Parole des bâtons est le point d’orgue d’un projet d’envergure, à la fois patrimonial et artistique, qui entend faire de la Bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse le conservatoire de l’esprit et de l’œuvre de Serge Pey. 

Fort de cette ambition mémorielle, Serge Pey a légué à sa ville natale un fonds documentaire exceptionnel composé d’archives personnelles, de manuscrits, d’épreuves d’artiste, d’éditions originales, de documents iconographiques et audiovisuels… au total plus de quarante mètres linéaires qui viennent opportunément résonner avec les fonds poétiques conservés à la bibliothèque. 

L’artiste a également travaillé in situ en résidence pendant tout le temps de la création de l’œuvre afin d’aller à la rencontre du public, documentant et éclairant ainsi son travail, en paroles et en actes, au travers de performances ou d’échanges amicaux et fructueux. 

L’installation de ce parcours inédit de vingt-quatre créations, en périphérie de la grande salle de lecture, ne doit rien au hasard. Elle perpétue l’intention originelle de l’architecte de la bibliothèque, Jean Montariol, de faire du décor de ce « Temple de la pensée » inauguré en 1935, un élément édifiant, et pas seulement ornemental, au service de l’émancipation et de l’élévation des esprits. 

Et près d’un siècle après l’ouverture de ce bâtiment remarquable, La Parole des bâtons réexplore les thèmes universels et les sujets plus locaux pour nourrir un dialogue fécond avec la fresque du Parnasse occitan de Marc Saint-Saëns ou la frise sculptée de Sylvestre Clerc qui déploie Les Âges de l’Humanité.  

Serge Pey

Serge Pey est une figure majeure de la poésie-action internationale. Écrivain, plasticien et performeur, il développe une œuvre singulière mêlant expérimentation du langage, engagement politique et réflexion sur la poésie contemporaine. Né à Toulouse, il a fait don de l’ensemble de ses archives (manuscrits, correspondances, bâtons de parole et documents de travail) à la Bibliothèque de Toulouse. 

Auteur d’une centaine d’ouvrages publiés chez de nombreux éditeurs, il a entretenu des échanges avec de grandes voix de la poésie internationale, parmi lesquelles Octavio Paz, Allen Ginsberg, Rafael Alberti ou encore Adonis. Son travail a été présenté sur de nombreuses scènes et institutions dédiées à la poésie et à la création contemporaine. 

Récompensé par plusieurs distinctions prestigieuses, dont le Prix Guillaume Apollinaire (2017) et le Grand Prix national de poésie de la Société des gens de lettres, Serge Pey a également joué un rôle essentiel dans la vie culturelle toulousaine. Fondateur de revues et de rencontres internationales de poésie, il est notamment à l’origine du Prix international et atemporel de poésie clandestine (PIAPC).